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Domenico
Jervolino Ricoeur et la pensée de l’histoire: Entre
temps et mémoire
Il
nous a bien donné une sorte de récapitulation de l’essentiel de son travail
philosophique dans Soi-même comme un autre, mais il nous offre encore
de nouveaux développements comme des dons amicaux qui nous permettent de synphilosophein,
de penser ensemble, avec lui. C’est
justement la pensée de l’histoire qui constitue le thème d’une méditation
qui ne cesse de se présenter dans l’itinéraire de Ricoeur, en partant - si
l’on veut choisir un point de repère emblématique - de l’article de
jeunesse Husserl et le sens de l’histoire paru en 1949 dans “La
revue de métaphysique et de morale”. “Husserl - écrit le jeune philosophe
en concluant cette étude - a-t-il cerné le contour du vrai problème :
comment échapper au solipsisme d’un Descartes revu par Hume, pour prendre au
sérieux le caractère historique de la culture, son pouvoir véritable de
former l’homme? Comment en même temps se garder du piège hégélien d’une
histoire absolue, louée à l’égal d’une divinité étrangère, pour
rester fidèle à la bouleversante découverte des deux premières Méditations
de Descartes?”. C’est le paradoxe de fonder l’homme sur l’histoire et
celle-ci sur ma conscience. D’autre part, on peut retrouver ce problème sans
passer par Husserl, ajoute dans une note finale l’auteur, en renvoyant à sa
contribution au Congrès “Esprit” de l’année précédente intitulée Dimensions
d’une recherche commune[1].
Après
quelques années on retrouve cette problématique de l’histoire dans
le premier recueil d’essais du philosophe :
Histoire et vérité, 1955 - avec son double volet : vérité
dans la connaissance historique, vérité dans l’action historique. Cet
ouvrage de 1955 est réédité avec de nouveaux essais en 1964 et en 1967. On
peut lire dans la préface de la première édition: “Je refuse énergiquement
de dissocier l’élucidation des concepts directeurs selon lesquels nous
essayons de penser en vérité notre insertion dans l’histoire et le souci
d’intervenir activement dans la crise de notre civilisation et d’y attester
en vérité la pesée et l’efficacité de la réflexion. […] Je crois
à l’efficacité de la réflexion, parce que je crois que la grandeur de
l’homme est dans la dialectique du travail et de la parole; le dire et le
faire, le signifier et l’agir sont trop mêlés pour que une opposition
durable et profonde puisse être instituée entre ‘theoria’ et ‘praxis’
”[2]. Ces
citations montrent que bien avant la grande trilogie de Temps et récit de
1983-1985 la pensée de l’histoire - dans son double sens de res gestae et
d’historia rerum gestarum - se situe entre les préoccupations
majeures de la réflexion ricoeurienne. De plus, cette pensée revient
constamment dans la longue route de Ricoeur, de sa jeunesse jusqu’à nos
jours, tandis que des autres questions et interrogations ont donné lieu à tel
ou tel autre ouvrage. Donc elle appartient aux questions fondamentales, à la
“chose” de Ricoeur, dans le sens fort du mot, le sens
dans lequel résonnent les vieux mots latins
“causa” et “quaestio”, elle appartient à l’enjeu et aux
motivations de son “ philosopher ”. Après
Histoire et vérité nous entrons dans la phase explicitement herméneutique
de la pensée de Ricoeur : le long détour par le monde des symboles, des
signes, des textes. La phénoménologie eidétique et existentielle se
transforme en phénoménologie herméneutique ou interprétante : il s’agit
d’une acquisition permanente, avec la précision que c’est le mouvement
immanent de cette phénoménologie renouvelée ou réformée qui nous conduit -
nous, le philosophe et ses lecteurs - à nouveau “du texte à l’action”,
et donc - si l’on veut - à la philosophie de la volonté entrevue dans les
années de jeunesse. Phénoménologie herméneutique de l’existence ou de la
vie, au fond, qui ne fait jamais l’économie de la médiation du langage et
qui toujours présuppose des hommes capables d’agir et de souffrir et
capables en même temps de dire leur agir et leur souffrir, de parler et
dont on peut parler ou - plus profondément - dont on doit
parler, dont on ne peut pas renoncer à parler. On
ne se surprendra pas alors si, dans le coeur de l’enquête herméneutique,
pendant la longue confrontation de Ricoeur avec la textualité, on retrouvera -
comme jaillissant d’un puits profond - la question de l’histoire, de sa
connaissance, de son sens. Dans
cet ouvrage capital qu’est Temps et récit, conçu comme un long
affrontement entre le temporel et le narratif, dans sa double forme de récit
historique et de récit de fiction, on retrouve le lien architectonique entre
la question épistémologique et la question éthique et ontologique de
l’histoire, qui avait été établi auparavant dans Histoire et vérité:
le lien entre res gestae et historia rerum gestarum. L’enjeu de Temps et récit
c’est l’invention du temps historique qui est proprement le
temps humain, dans le double sens du mot “ invenire ” : découverte
et création. Résultat d’une capacité mimétique du langage à inventer une
médiation, à bâtir un pont entre le temps de l’âme et le temps du
monde (le présent vif de la conscience contre l’instant quelconque du
mouvement physique), deux temporalités qui dans la réflexion philosophique,
forment une sorte de hiatus, et s’occultent réciproquement. Le temps raconté,
qui est le temps humain, est tiers entre ces deux, et donne un remède au
schisme: en partant de l’invention du calendrier jusqu’aux formes les plus
sophistiquées d’entrecroisement entre histoire et fiction. Je
me limiterai, ici, à évoquer les lignes générales de cet ouvrage qui
appartient désormais au nombre des classiques de la philosophie contemporaine.
Ricoeur établit les termes de la confrontation entre temps et récit dans la
première section, en évoquant les figures-clef d’Augustin et d’Aristote
avec une inversion de l’ordre chronologique permise par la structure
narrative de l’ouvrage. Si Augustin avec sa conception du temps comme distensio
animi inaugure, avant la lettre, la phénoménologie du temps avec ses
perplexités et ses embarras, c’est Aristote qui offre la cellule mélodique
d’une réflexion sur la narrativité qui - dans la construction de Ricoeur -
représente une sorte de réplique poétique aux apories de la pensée du
temps, avec le couple de mythos
et de mimesis - un
couple de notions qui doivent être tenues pour des opérations et non pour des
structures : la poétique étant l’art de composer les intrigues, les mythoi
- et le mythos -
catégorie englobante du narratif - étant l’imitation créatrice de
l’action, mimesis praxeos.
Les deux notions aristotéliciennes, comme l’on voit, sont retravaillées
considérablement par Ricoeur. La notion de mythos
est élargie au delà du tragique et de l’épique et la
mimesis devient
cette capacité mimétique - à l’oeuvre dans le récit - d’imiter créativement
l’action humaine selon une triple dialectique de pré-figuration,
con-figuration et re-figuration de l’action par le langage, de l’homme
agissant et souffrant (parce que chaque agir a comme contrepartie un souffrir)
par l’homme disant et se-disant. De
cette façon l’arc herméneutique qui va du “ texte ” à l’ “ action ”
est déjà dessiné. C’est
dans la seconde section consacrée au récit historique que sont traités la
place et les limites du narratif dans la connaissance historique. Les acteurs
principaux du débat sont, d’un coté, l’épistémologie anglo-américaine
des sciences historiques, de l’autre les développements méthodologiques de
l’historiographie française, surtout de l’école des Annales .
Au risque d’un recul de l’événement et du narratif au bénéfice
ou d’un “modèle nomologique”, à la Hempel, sous le signe d’un
paradigme néopositiviste reconduisant l’événement historique à des lois générales,
ou de la “longue durée” et des forces à évolution lente, Ricoeur oppose
ses plaidoyers pour le récit, en alliance avec ces auteurs de l’archipel
analytique - de Danto à Gallie, de Mink à White -
qui se distanciant de l’esprit néopositiviste ont soutenu le caractère
narratif de la connaissance historique. Mais Ricoeur souligne que l’histoire
est narrative tout autrement que le langage ordinaire reposant sur la
fabulation directe et immédiate: le récit historique est, au contraire, un récit
extrêmement construit. La filiation qui rattache l’histoire à la compréhension
narrative n’est que indirecte, grâce à des relais fournis par la méthodologie
des sciences historiques et capables de guider la réactivation des sources
narratives de l’historiographie. Ces relais sont les concepts de “ imputation
causale singulière ”, celui-ci repris de Weber et Aron,
qui offre le modèle d’un quasi -intrigue - de “entités de premier
rang ” tels que les peuples, les nations, les communautés, les
civilisations, qui représentent des quasi-personnages, et finalement de “ événement historique”
qui - dans la multiplicités des temps de l’histoire - est, dans le langage
de Ricoeur, un “ quasi-événement ” qui garde pourtant une
affinité avec les péripéties du récit.
Au
terme de sa réflexion sur la longue durée chez Braudel, Ricoeur retrouve l’événement
à la fois comme résidu de chaque tentative d’explication, comme dissonance
entre les structures explicatives, enfin comme vie et mort des structures. “ Si
la découverte de la longue durée ne reconduisait pas à l'événement selon
l'une ou l’a autre de ces trois modalités, la longue durée risquerait
d'arracher le temps historique à la dialectique vivante entre le passé, le présent
et le futur ”[3].
Il s’agit d’assurer le caractère humain du temps historique : “ La
découverte de la longue durée peut exprimer l'oubli du temps humain
qui requiert toujours le repère du présent. Si l'événement au souffle court
fait écran à la prise de conscience du temps que nous ne faisons pas, la
longue durée peut aussi faire écran au temps que nous sommes. Cette conséquence
désastreuse ne peut être éludée que si une analogie
est préservée entre le temps des individus et le temps des
civilisations : analogie de la croissance et du déclin, de la création
et de la mort, analogie du destin. Cette analogie au niveau de la temporalité
est de même nature que l'analogie que nous avons cherché à préserver au
niveau des procédures entre attribution causale et mise en intrigue, puis au
niveau des entités, entre les sociétés (ou les civilisations) et les
personnages du drame. […] L'extension de la notion d'événement, au-delà du
temps court et bref, reste corrélative à l'extension semblable des
notions d’intrigue et de personnage ”[4].
La
conclusion de cette section est une théorie de l’intentionnalité
historique, où le narratif de la vie quotidienne joue par rapport au savoir
historique le rôle de l’antéprédicatif dans la Krisis de
Husserl par rapport aux sciences. Ricoeur
reprend la question de l’histoire dans la quatrième et dernière section, où
il ne s’agit plus de “ configurer ” le temps, mais de le “ refigurer ”,
donc de passer du niveau des formes de
langage dans lesquelles on parle du temps à la réalité même dont on parle,
au temps humain qui est le temps raconté, ou - dit autrement - de renverser
les signes dans le monde. Notre
insertion dans la temporalité humaine est à la fois la condition de la
connaissance historique et de l’action située dans l’histoire. Finalement,
c’est une herméneutique de l’historicité qui
assure l’unité souhaitée de theoria
et praxis sous la forme d’une “ médiation
imparfaite ” dans la recherche
précaire du sens. Face au rêve
d’une savoir absolu ou à sa transposition dans une science de la praxis,
c’est la “ médiation imparfaite ” qui est le propre de cette
herméneutique de l’historicité, la forme de connaissance pratique
qui nous convient en tant que hommes qui faisons l’histoire et la
racontons sous le régime d’une contingence charnelle et d’une finitude
plurielle. Assurément
Temps et récit est un ouvrage remarquable, mais également et de façon
singulière en raison de son style que l’on pourrait définir “ autocritique ”
dans la mesure où Ricoeur l’assume et le radicalise jusqu’au point de
donner à son oeuvre une conclusion sous la forme augustinienne des Retractationes.
Ce qui, ici, a été pensé et traité doit de nouveau être re-pensé et
re-traité. En
relisant son immense trilogie l’auteur s’interroge sur l'adéquation des réponses
que la poétique du récit donne à la phénoménologie du temps et il développe,
dans une sorte de conclusion de second degré (c’est-à-dire d’un retour réflexif
sur la première conclusion) une aporétique ouverte de la pensée du temps ou
- si vous voulez - de ce que le temps donne à penser. Trois
apories se succèdent de façon telle que le passage d’un niveau à l’autre
marque une certaine progression, sans former système (en ce sens j’ai parlé
d’une aporétique ouverte): elles constituent
- comme dit Ricoeur - une constellation signifiante, sans devenir jamais
une chaîne contraignante. Chaque aporie est accompagnée
d’une réplique
assurée par le pouvoir mimétique du langage, par l’humaine capacité
de narrer et de se narrer, mais à chaque niveau cette réplique de nature poétique
se révèle progressivement moins
adéquate à recouvrir l’aporie croissante de la pensée qui essaie de penser
le temps. Le
premier niveau est celui de l’occultation réciproque du temps de l’âme et
du temps du monde auquel répond l’invention du temps historique avec la
notion d’identité narrative. Le second niveau est celui du sens à donner au
procès de totalisation des ek-stases du temps, en vertu de quoi le temps se
dit toujours au singulier. L’idée de l’histoire en tant que une,
l’idée donc de l’humanité en tant que sujet de cette histoire (dans la
tradition allemande on parlerait de la Weltgeschichte) représente la réplique
à ce niveau, mais une réplique moins adéquate de la précédente, parce que
si, d’un coté, l’on ne rejoindra jamais une totalisation effective de
l’histoire, le récit de tous les récits, de l’autre, la pensée devra
maintenir l’horizon d’une unique histoire de l’humanité comme
une idée pratique, un idéal régulatif, en passant du raconté au
racontable. Mais
c’est la troisième aporie - selon Ricoeur - la plus intraitable et aussi la
plus dissimulée. Elle consiste dans le fait que, malgré tout, au delà de
toute capacité de narrer, le temps en tant que tel demeure “ inscrutable ”,
comme avait bien compris Kant : il échappe à toute tentative pour le
constituer, et se révèle appartenir à l’ordre du constituant toujours déjà
constitué par le travail de constitution. Le temps est mystère, un mystère
qui nous précède et nous enveloppe. Mais ici il faut prendre garde, nous dit
Ricoeur : ce qui est mis en échec ce n’est ni la pensée ni le langage,
mais seule l’hybris de maîtriser le temps à travers notre pensée et
notre langage. A l’aporie de l’ “ inscrutabilité ” du temps
la seule réponse par la poétique du récit, est l’aveu des limites que la
narrativité rencontre hors d’elle-même et en elle même. En effet, le récit
est le gardien, et non pas le maître
du temps. La narrativité trouve ses limites en elle-même dans
la persistance ou dans la résurgence d’un élément d’archaïsme, d’un
trait mythique et symbolique dans ses contes du temps, mais elle trouve aussi
des limites hors d’elle-même dans la conjonction du narratif et du non
narratif, dans la multiplicité des genres littéraires - l’épique, le
dramatique et le lyrique, selon une tripartition classique - et dans leurs intéractions.
Dans les interstices de cette pluralité langagière et textuelle, on
entrevoit encore une fois les visages mystérieux du Temps, dans la méditation
sapientielle sur la vanité des choses, ou dans l’évocation tragique du
destin qui écrase les humains ou
encore dans la plainte sur la brièveté
de leur vies. Il
y a bien de manières - nous dit Ricoeur - à travers lesquelles le lyrisme
de la pensée méditante va droit au fondamental sans passer par l’art de
raconter[5].
Ces considérations finales rapprochent le pouvoir de redescription invoqué
dans La Métaphore vive de celui-ci, de la refiguration déployée par
le discours narratif dans Temps et récit. D’ailleurs, il s’agit de
“ deux ouvrages jumeaux : parus l'un après l'autres, ils ont
été conçus ensemble ”[6]. Mais
dans cette rencontre entre poétique et réflexion - qui sembre prendre la
forme du “ combat amoureux ” cher à Karl Jaspers -, l’aveu des
limites du récit, corrélatif de l’aveu du mystère du temps, n’équivaut
pas à un caution de l’obscurantisme ou à un interdit pesant sur le langage.
“ Il suscite plutôt l'exigence de penser plus et de dire autrement ”,
dans la recherche par les individus et par les communautés de leur identité
narrative respective. “ C’est là, nous dit Ricoeur, le noyau
dur de toute notre investigation ”[7].
Je souligne que cette page finale de Temps et récit ouvre
la voie à la recherche sur l’identité qui sera le thème de l’ouvrage
suivant : Soi-même comme un autre, publié en 1990. Ici
temps et histoire, sans devenir l’objet d’un développement particulier,
restent profondément impliqués dans le procès de l’interrogation. En
premier lieu, la question “ qui ? ”, réitérée dans les
quatre sous-ensembles de la recherche : “ qui parle ? ”,
“ qui agit ? ”, “ qui se raconte ? ”, “ qui
est le sujet moral de l"imputation ? ”, implique en tant que
telle et dans sa réitération,
une dimension temporelle, de l’ordre de ce que Gustave Guillaume appelle le
temps opératif, donc la temporalité immanente au langage en tant que discours
ou parole vivante ; deuxièmement, cette
dimension temporelle profonde émerge avec la notion d’identité narrative
qui est reprise au centre du parcours
de la recherche et se concentre
dans la dialectique entre ce que Ricoeur appelle l’identité-idem et
l’identité-ipse. La ratio
de cette dialectique est l’opposition entre une
identité qui consiste dans la
permanence dans le temps d’un substrat (qui devient chez Kant le schème
de la catégorie de substance) et une autre
sorte de permanence dans le temps qui, étant irréductible à toute question
du “ quoi ? ”, serait une
réponse à la question “ qui suis je ? ”. Cette polarité
se manifeste dans la personne comme une opposition - d’une part - entre le
caractère et - d’autre part -
l’expérience de la promesse, de la parole tenue. Dans le caractère l’idem
couvre presque totalement l'ipse,
dans la parole tenue, dans l’engagement à tenir une promesse, l’ipse
apparaît avec toute sa clarté. Mais,
également, si le caractère
d’un individu ou d’une communauté a toujours une histoire, il n’est pas
réductible à une donné d’ordre naturel, c’est le maintien de soi impliqué
dans la promesse (avec sa temporalité propre) qui manifeste l’ipséité d’une
personne avec toute sa force et son originalité par rapport à l’ordre des
choses. La parole tenue implique
que nous sommes des “ êtres de mémoire ” outre que des “ êtres
de parole ”. La
dimension temporelle de l’ipséité est, finalement, la temporalité
de la praxis de nos vies d’hommes agissants et souffrants, capables de
dire et d’agir, de se raconter et de devenir
sujets d’imputation. C’est - si l’on regarde l’ontologie
fragmentaire et exploratoire de la dernière étude de Soi-même comme un
autre - la temporalité du Soi conçu comme energeia et comme dynamis,
comme conatus, comme
effort et désir d’être. Le Soi qui atteste
son identité dans l’acte
renouvelé de son effort et désir d’être, dans les formes plurielles dans
lesquelles celui-ci se manifeste (toujours sur
le fond d’une passivité essentielle qui est la contrepartie de toute activité
et le signe de son insertion dans le monde) est dans le même temps
mémoire (et oubli). Je
serais tenté de dire que la mémoire
(autre grand thème augustinien) est la substance d’un Soi pensé, d’une façon
non substantialiste, comme propose Ricoeur,. Cette
nouvelle problématique qui s’est imposée à Ricoeur dans ces derniers années
trouve encore sa source dans les même sources d’ou jaillissent ses méditations
sur l’existence temporelle et historique des humains, sur ce qu’il considérait,
dès son essai de jeunesse sur Husserl, la nécessité de “ prendre
au sérieux le caractère historique de la culture, son pouvoir véritable de
former l’homme ”[8]. Dans
les années suivantes, Ricoeur ne cesse pas de réfléchir sur l’histoire, avec la
rigueur intellectuelle et
l’attitude autocritique que nous avons déjà connues. Dans son interview
La critique et la conviction, après avoir souligné justement
que la querelle sur le caractère narratif de l’histoire est devenue
aujourd’hui moins brûlante, il renvoie - à propos de l’épistémologie de l’histoire -
à une étude plus récente, où il s’est “nettement écarté du problème
du narratif”[9].
Il s’agit de l’essai Philosophies critiques de l’histoire: recherche,
explication, écriture[10],
de 1994. En effet, ici, Ricoeur distingue trois niveaux de scientificité de
l’histoire, l’histoire documentaire, l’histoire explicative, l’histoire
qu’on pourrait dire poétique, c’est à dire l’écriture de l’histoire,
qu’il affirme n’avoir pas rencontrée dans Temps et récit. Celle-ci
mérite, à plein titre, le nom de “historiographie”. Il
s’agit de trois programmes de recherche dont les suivants ne supplantent pas
les précédents, selon un rythme ternaire qui reproduirait la mouvance d’une
philosophie spéculative de l’histoire, vieille manière, mais dont chacun
exerce une double influence sur les problématiques précédentes, en les
enrichissant, d’une part, et en en montrant, d’autre part, le caractère
de plus en plus problématique. Ainsi, la notion de preuve documentaire “ ne
révèle son caractère foncièrement aporétique que par choc en retour sur
elle des problèmes épistémologiques liée à l’explication en histoire et
des problèmes rhétoriques solidaires de la dimension littéraires de
l'historiographie ”. Ce double effet donne à cet essai de Ricoeur
une forme circulaire, de sorte que seulement en fin de parcours pourra
être traitée “ une notion aussi embarrassante que celle de réalité
du passé, bien qu’elle soit implicitement liée dès le début à la notion
de document, en tant que trace du passé”[11]. Des
déclarations autocritiques de Ricoeur je retiendrai le souci éminent et
exemplaire de “penser plus” un objet qui reste au-delà de tout essai de maîtrise
intellectuelle. En effet, c’est le lien énigmatique entre le temps et la mémoire
(objet de la nouvelle méditation ricoeurienne), avec sa richesse fascinante et
inquiétante, qui pousse cette réflexion toujours in itinere vers un
accomplissement entrevu, qui la rend exigeante envers ses preuves antérieures[12]. Nous
ne connaissons pas encore dans sa totalité le nouvel ouvrage de Ricoeur sur la
mémoire. Mais toutes les reprises et toutes les re-tractationes de la
question du temps et de l’histoire semblent converger autour d’un foyer qui
est la question du passé - question
qui est de nouveau à la fois épistémologique
et ontologique. Prenez l’article, publié en 1998 sur la “ Revue de métaphysique
et de morale ”, La
marque du passé. Ricoeur
aime à répéter la formule d’Aristote dans le petit traité Perì mnemes
kai anamneseos : “ La mémoire est du passé ”. Un passé
qui “ a été ” et dont les individus comme les sociétés
gardent le souvenir, mais qui, comme le langage ordinaire l’exprime, “ n’est
plus ”. Avoir été
et n’être plus, être présent dans l’absence,
c’est le noyau de l’énigme, aux frontières entre épistémologie
et ontologie. Notre
auteur souligne tout d’abord
qu’il faut maintenir le caractère d’adjectif substantivé du terme
“ passé ”, et
le défendre d’une dérive substantialiste qui se représente le passé comme
un lieu dans lequel se déposeraient les
expériences vécues une fois qu’elles sont
passées. Contre cette dérive il
faut garder les expressions adverbiales et les usages verbaux avec lesquels
nous parlons du passé. La
dérive a été encouragée par une
tradition philosophique qui, depuis Platon et Aristote, a ramené la
conservation du passé dans la mémoire à des
métaphores spatiales, en premier lieu, la métaphore de l’empreinte,
qui devient, métaphore du portrait,
et plus récemment métaphore de
la trace. Dans toutes ces métamorphoses, le
fond de la métaphore reste
le même. Empreinte, portrait, trace…
il s’agit toujours des variations du thème de l’eikon, de
l’image. L’énigme consiste dans deux étapes : il y quelque chose qui
est une simple présence, cette présence renvoie à l’absent. Pour établir
la relation entre les deux il faudrait un tertium qui
manque. Marc
Bloch définit l’histoire comme une “ science par traces ” et
Ricoeur lui-même dans Temps et récit III, en traitant de la
connaissance du passé, établit
la triade : archive-document-trace, convergeante vers la trace, les
documents étant des traces et les archives des réserves des traces inventoriées.
Mais
la connaissance historique - observe Ricoeur - introduit un élément nouveau,
c’est à dire le témoignage, la
parole du témoin qui reporte ce qu’il a vu et qui demande à être cru. Si
l’on pense la trace à partir du témoignage, plutôt que l’inverse, on
trouve une voie pour sortir de l’embarras, pour rendre tolérable l’énigme,
tandis que on ne la résout pas vraiment, comme on verra. Reste la prescription
de s’éloigner du paradigme de
la ressemblance eu égard au passé pour se situer
sous le signe du témoignage dont on apprécie la fidélité. Le témoignage
est proche de la traduction,
paradigme sur lequel Ricoeur
revient très souvent dans les
dernières années. “ Traduire, écrit Ricoeur citant Antoine Berman,
c'est à la fois habiter dans la langue de l'étranger et donner hospitalité
à cet étranger au coeur de sa propre langue. De la même manière,
ne peut-on pas dire que la mémoire et l'histoire traduisent ce qui à
été transmis de l'événement dans la langue d’accueil du narrateur ? ”[13].
A
ce point du discours, Ricoeur reprend
la proposition faite dans Temps et récit III d’interpréter le
rapport de l’histoire au passé à la lumière du concept de représentance
ou de lieutenance (all. Vertretung), concept qu’il distingue de celui
de représentation (all. Vorstellung), mais avec des développements
remarquables dans la manière de traiter son thème.
“ Aujourd’hui je tenterai de sauver ce concept de représentance
ou de lieutenance en le tirant du côté du
"comme" du témoignage plutôt que du "comme" de la métaphore
[…]. La représentance, dirai-je aujourd’hui, exprime le mélange opaque du
souvenir et de la fiction dans la reconstruction du passé. Pour les mêmes
raisons, j'attendrai aujourd’hui moins de lumières que jadis de la
dialectique entre le même, l’autre et l'analogue, par le moyen de laquelle
je tentais d'articuler conceptuellement la relation de représentance.
Ce recours à l'analogie, au-delà de l'opposition entre le même et l’autre,
me paraît aujourd’hui trop
tributaire de la problématique de l'eikon, faute d’être passé au
crible du témoignage ”[14]. Mais,
le recours au témoignage n’annule pas un élément énigmatique qui nous
reconduit du témoignage à la trace. Le témoin aussi est marqué par le passé.
Il suppose un être affecté, une passivité essentielle par rapport à l’événement
dont il témoigne. A mon avis, c’est l’insistance sur cette dimension de
passivité qui - en prolongeant la
dialectique de l’identité et de l’altérité (elle même multiple et
plurielle) de Soi-même comme un autre -
fait la différence entre ce dernier
Ricoeur et celui des années Quatre-vingt. Cette accentuation révèle toute sa
force et sa fécondité dans le passage de la question épistémologique de la
connaissance du passé à la question ontologique de la réalité du passé et
de la dialectique retravaillée des trois ekstases temporelles. Je dirai
tout de suite que l’assomption ontologique de la passivité ne veut pas dire
une attitude pratique de résignation :
au contraire ces développements de l’herméneutique ricoeurienne nous
conduisent à souligner la nécessité permanente du travail herméneutique. La
conclusion de la première partie de l’article souligne l’indécidabilité
ultime du statut de la vérité-fidélité de l’histoire. La question de la vérité
étant devenue celle de la véracité, l’opposition vrai-faux se double de
l’opposition confiance-soupçon. Sous le signe du soupçon, la vérité en
histoire reste en suspens, toujours contestable, toujours en cours de ré-écriture. Mais
l’herméneutique du soupçon n’est pas le dernier mot de Ricoeur :
nous le savons depuis longtemps. Il faut encore re-travailler la question. Du
temps nous avons été conduits à la mémoire. De la mémoire qui est toujours
du passé il faudra revenir au temps dans la dialectique des ses trois
dimensions. De
la discussion précédente il résulte qu’un traitement séparé du passé
conduit à une situation largement indécidable. En renouvelant sa rencontre avec
Augustin et Heidegger, Ricoeur
propose une dialectique du passé, du présent et du futur
qui se fonde sur deux considérations :
l’impossible totalisation des trois dimensions temporelles et l’égale
primordialité de chacune de ces instances. Augustin
avec sa conception du temps comme distentio animi et
Heidegger avec la notion de ekstasis
(la temporalité comme hors de soi originaire) ont reconnu l’originaire
diaspora du passé, du présent, du futur et la tension aiguë
qu’elle comporte pour notre condition humaine.
Mais les deux ne sont pas allés - selon Ricoeur - jusqu’au bout de ce
qu’exige leur découverte et ont fini par donner la primauté à une seule
des instances temporelles. Chez
Augustin c’est le présent qui éclate
dans trois directions : le présent du passé, le présent du présent, le
présent du futur : mémoire, vision ou attention, attente. Chez Heidegger
le privilège est accordé au futur sous le signe de l’être pour la mort.
Le “ devancement vers ” la mort, la “ résolution devançante ” affrontée à son inéluctabilité sont constitutifs du sens
originaire du “ pouvoir être un tout authentique ” du Dasein.
Ici la critique sobre mais sévère
de Ricoeur va droit au coeur de l’ambiguïté heideggerienne et lui oppose
une “ phénoménologie ouverte de la futurité ”, en reprenant et en enrichissant les remarques de la
monographie consacrée par Temps
et récit au philosophe allemand : il faut libérer le Seinskönnen,
la grande découverte de la catégorie de la possibilité, de l’être-en-avant-de-soi
du “ joug de l'être-pour-la-mort, et de même coup de la totalisation
du temps ”, imposée par l’être-pour-la-mort [15].
C’est à juste titre - nous dit Ricoeur - que pour Descartes la mort n’a
pas de place entre les passions de l’âme si non en tant qu’objet
d’horreur, face au péril d’une mort subite et inopinée. C’est le péril
qui est thématisé, ce n’est pas la mort qui est anticipée. La mort n’est
pas un événement susceptible d’être anticipé, pour Ricoeur, qui cite ici
sur ce point des penseurs aussi différents que Sartre et Lévinas. En
introduisant la distinction entre le propre, le proche et le lointain, Ricoeur
souligne que dans le temps du propre, ni la naissance n’est un souvenir, ni
la mort l’objet d’une attente. “ Je m’attends à mourir, je
n’attends pas la mort. Je souhaite rester
un vivant jusqu'à la mort ”[16].
C’est pour mes proches que ma naissance et ma mort font événement, c’est
pour eux que ces événements peuvent devenir occasion de joie ou de deuil.
Quant aux lointains, la mort est simplement une donnée à niveau de la notion
de population. Bien sûr, on peut avoir des attentes à propos du futur
collectif, mais ces attentes n’ont rien à voir avec l’endurance du propre
jusqu’à la mort, ni avec la joie et le deuil des proches. Ici, il serait très
dangereux de construire le futur de la communauté sur le modèle du destin
tragique de chaque mortel. Chez
Heidegger, note encore Ricoeur, il manque une problématique distincte de la
communauté et des communautés; le thème du “ On ” reconduit
trop rapidement à celui du Selbst ; au contraire, notre auteur
rappelle que dès Temps et récit
il avait proposé une certaine
homologie entre destinée communautaire et destin individuel avec la notion de
“ Cohistorialité ”. Il avait déploré alors “ le
transfert sans précaution à la sphère communautaire du thème plus
fondamental de tous, l’être pour la mort, en dépit de l’affirmation sans
cesse réitérée que l’être pour la mort n’est pas transférable ”,
en ajoutant que “ ce
transfert est responsable de l'esquisse d'une philosophie politique héroïque
et tragique offerte à tous les mauvais usages ” [17].
Si
pour le futur Ricoeur s’engage, comme on a vu,
dans la recherche d’une phénoménologie ouverte de la futurité,
pour ce qui concerne le présent il veut libérer son sens de l’hypothèque
d’une identification trop rapide avec la “ métaphysique de la présence ”,
à l’idée d’une présence tenue pour immédiate et transparente à elle.même.
A l’égard de cette identification, devenue presque un lieu commun de
la pensée contemporaine, Ricoeur plaide
pour une polysémie du présent, qui est le temps de l’intuition et de
l’admiration, le temps de la signification et de l’évocation d’un
absent, mais aussi le temps de l’initiative, du commencement de l’exercice
de la puissance d’agir sur les choses ; de l’intensité vecue du jouir
et du souffrir. Arrivons
donc à la conclusion de cet essai remarquable : c’est dans la richesse
polysémique d’une dialectique entre le
passé, le présent et le futur qu’on peut reprendre les conclusions
embarrassantes de l’enquête sur la connaissance historique conduite sous le
signe de la mémoire du passé. Le
thème phénoménologique que nous offre ici le fil conducteur - à l’école
d’un Heidegger revisité et libéré du joug de l’être pour la mort - est
le thème de la dette : l’être déjà, l’être affecté
de notre existence finie, qui est le corrélât de notre pouvoir être.
Dans cette herméneutique renouvelée la dette n’est pas seulement un
fardeau, mais aussi un héritage
qui devient ressource : notre passé qui est gros de futur : la dette
oblige, elle devient un devoir de mémoire, tu n’oublieras pas !
“ Le passé qui n'est plus, mais a été, requiert
le dire du récit du fond même de son absence […], se fait demande de
dire. […] Si le discours historique reste
une construction , la construction veut être une reconstruction. Or, qu'est-ce
qui régit la visée de reconstruction, sinon le souhait de répondre à
ce qui ne peut pas ne pas être
interprété comme demande de
discours venant de l'ayant-été ? […] C'est au futur du discours
que s'adresse la requête de l'ayant-été du passé révolu. Et c'est
l'inépuisable qui demande qu'on
redise, que l'on réécrive, que l'on reprenne encore et encore l'écriture de
l'histoire”[18]. De
cette façon Ricoeur peut affirmer que le caractère rétrospectif de la
connaissance historique n’est pas le dernier mot. Selon l’opinion commune,
le passé ne peut être changé : mais il s’agit seulement de la moitié
de la vérité. On ne peut défaire
ce qui a été fait, bien sûr, mais le sens de ce qui est arrivé n’est pas
fixé une fois pour toutes, l’histoire peut être réinterprétée, nous
pouvons regarder le passé avec des autres yeux, nous pouvons reprendre à notre tour ses possibilités inaccomplies, les désirs
et les espoirs des hommes d’autrefois. Ricoeur
nous donne une définition de que signifie “ réfondation ”:
c’est tenir les promesses non tenues du passé[19].
Il s’agit d’une tâche - surtout - des
éducateurs politiques, mais aussi des historiens en tant qu’éducateurs
politiques. Il s’agirait d’une action thérapeutique au regard des
blessures et des pathologies de la conscience historique. Se
réalisent de cette façon des échanges féconds entre mémoire et histoire,
fidélité et vérité. Le voeu formulé dans Histoire et vérité au terme de la longue marche est accompli :
l’histoire, “ replacée par la mémoire dans le mouvement de la
dialectique de la rétrospection et du projet, ne peut plus séparer la vérité
de la fidélité qui s'attache en dernière analyse aux promesses non tenues du
passé. Car c'est à l'égard de celles-ci que nous sommes primordialement
endettés. En même temps que sont mises dans un rapport dialectique les deux
vertus de la fidélité mémoriale et de la vérité historique, les deux
significations majeures de l'histoire sont réconciliées: il n'est pas
possible de 'faire de l'histoire' sans aussi 'faire l'histoire' ”[20]
[1] Cf. Husserl et le sens de l’histoire, “ Revue de métaphysique et de morale ” , 54 (1949), n. 3-4, pp. 280-316, maintenant dans A l’école de la phénoménologie, Vrin, Paris 1986, pp. 21-57; Dimensions d’une recherche commune, “Esprit” 16 (1948), n. 12, pp. 837-846. [2] Histoire et vérité, Seuil, Paris 19673, pp. 8-9. [3] Temps et récit I, Seuil, Paris 1983, p. 312. [4]Ibid.. pp. 312-313. [5]Temps et récit III, Seuil, Paris 1985, p. 391. [6]
T. R. I,
p. 11. [7]
T.R. III, p. 392. [8] Voir supra, note 1. [9] La critique et la conviction, Calmann-Lévy, Paris 1995, p. 129. [10] Philosophies critiques de l’histoire: recherche, explication, écriture in Philosophical Problems Today, sous la direction de P. Fløistad, Kluwer, Dordrecht-Boston-London 1994, pp. 140-141. [11] Ibid., pp. 140-141. [12] Pour ma part, je trouve plutôt minimaliste l’appréciation que Ricoeur porte sur Temps et récit par rapport au problème de l’histoire. S’il est bien vrai que l’essai de 1994 est plus informé et complet, il me semble, personnellement, que le philosophe fasse preuve d’un excès de rigueur autocritique en disant que la considération des trois niveaux de scientificité de l’histoire était absente ou que la question d’une poétique de l’histoire n’avait pas été posée dans cet ouvrage. Enfin, on ne saurait limiter la contribution de Temps et récit au problème de l’histoire à la seule question de son caractère narratif, comme le déclare l’auteur dans son interview. [13] La marque du passé, “ Revue de métaphysique et de morale ”, 1998, n. 1, p. 15. [14] Ibid. , pp. 15-16. Dans une note très importante de l’article que nous lisons (p. 16, note 2), Ricoeur souligne encore une fois les changements intervenus par rapport à Temps et récit III : l’antithèse très nette entre temps de l’âme et temps du monde a perdu son acuité dans la mesure où le temps phénoménologique comporte aux yeux de l’auteur des traits tels que la databilité par lesquels le temps du monde est incorporé à la scansion du temps phénoménologique lui-même. Au contraire, il maintient la recherche d’un enchevêtrement progressif entre récit historique et récit de fiction, en particulier dans l’élaboration des grandes fresques historiques. Aussi l’idée de lieutenance par rapport au passé garde tout sa valeur, mais la dialectique du Même, de l’Autre et de l’Analogue, avec laquelle on avait essayé de trouver une voie moyenne entre réeffectuation du passé et éloge de la différence, reste enfermée dans la problématique de la rassemblance et dans la fascination, alors non reconnue, de l’eikon. Ici, se joue tout le destin de l’idée de mimesis - nous dit Ricoeur - même le portrait n’est pas une copie, dans la mesure où il est une interprétation ou, mieux, une recherche de la vérité a travers l’interprétation [15] La marque…, p. 21. [16] Ibid.. p. 22. [17] Temps et récit III, p. 112, note et La marque…, pp. 23-24, note. [18] La marque…, p. 28. [19] Voir aussi la table ronde finale dans La sagesse pratique. Autour de l’oeuvre de Paul Ricoeur, dir. J. Barash et M. Delbraccio, Cndp, Amiens 1998, p. 214. “ Nous ne sommes pas en état de fondation nouvelle, mais de refondation ”. [20] La marque…, p. 31.
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